lundi 22 avril 2019
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Plages privées au bord de la lagune Ebrié: ces lieux où les ivoiriens ‘’se cachent pour mourir ‘’

Chaque week-end, les jours fériés et même en semaine, de nombreux ivoiriens en quête de tranquillité se retrouvent, loin des bruits de klaxons et des décibels distillés par les  maquis en ville, sur des plages privées impeccablement aménagées au bord de la lagune Ebrié. Ces lieux se révèlent être des endroits où alcool et sexe font bon ménage.

Incursion au cœur de ces plages où ‘’ les ivoiriens se cachent pour mourir’’ pour parler comme l’ivoirien lambda.

Samedi 2 décembre, il est 11 heures. Profitant du beau temps qu’il fait en cette journée, nous décidons de faire un tour à la plage privée de Yopougon-Académie plus précisément au quartier Diop. Dès notre arrivée, un jeune homme nous accueille poliment et propose de nous installer. Mais, il prend soin de nous signifier que cet endroit est strictement interdit aux visiteurs et qu’on doit ne pas y prendre des photos, ni filmer. « Il n’y a pas de problème», rétorquons-nous pour le rassurer. Voyant que nous sommes avec une amie venue nous accompagner pour les besoins de la cause, il demande : souhaitez-vous être seuls ?» « Pardon ! », répliquons-nous faisant mine de n’avoir rien compris. « Je demande si vous voulez prendre un bungalow », ajoute-t-il.  «  Non ! Pas pour l’instant, servez-nous  plutôt quelque chose à boire », coupons-nous.

Nous nous attablons à côté de plusieurs couples trouvés sur place et qui semblent visiblement être  des habitués du coin.

L’espace en bordure de la lagune est divisé en deux parties. Une qui reçoit tout le monde. Il s’agit  d’une sorte de maquis sous les cocotiers avec une vue panoramique sur la lagune. Et l’autre partie abrite les bungalows où ceux qui ont besoin de discrétion se retirent. Ce sont des sortes de cases fabriquées avec les palmes de cocotier tissées.

Des endroits calmes et reposants

Les plages privées au bord de la lagune deviennent de plus en plus nombreuses à Abidjan et banlieues. Yopougon Académie, Azito, Lokoua, Songon-Kassemblé etc., sont des lieux insoupçonnés où de nombreuses personnes s’exilent le temps d’une journée pour prendre du bon temps. Les personnes qui fréquentent ces endroits sont issus de toutes les classes de la société. Des travailleurs, des cadres (il n’y a voir les grosses cylindrées garées pour s’en convaincre), des commerçants etc…

Après une semaine de dur labeur, quoi de plus normal de trouver un endroit calme et reposant pour se requinquer en passant de bons moments en compagnie d’amis ou de sa compagne, à défaut d’effectuer un long voyage pour se rendre à Grand-Bassam, Assinie, Jacqueville et autres. Même si les commodités et le paysage ne sont pas forcément les mêmes avec ces plages dorées, les plages privées, aménagées par des particuliers sont de véritables havres de paix et de tranquillité. Un calme plat y règne. On n’y joue pas la musique. Les  clients en profitent donc pour se reposer, échanger en couple ou entre amis et surtout respirer l’air frais  tout en se laissant bercer par le vent provenant de la lagune. En plus, dans ces endroits, il y a à manger et à boire à souhait.

Mais attention ! Ici, pas question de nager. Cela est déconseillé en raison de la profondeur de la lagune et de l’absence de sauveteurs.

« Il n’y trouve un peu de tout»

Pas besoin également de transporter de la boisson et de la nourriture. Tout est prévu pour que le client se mette à l’aise comme il l’entend. Des tables et des chaises sont disposées comme dans un maquis ordinaire. Toutes les boissons, de la bière en passant par les liqueurs, la sucrerie et le vin de palme communément appelé ‘’bandji’’ sont disponibles sur place.  Les amoureux de bons mets ivoiriens trouvent également de quoi à satisfaire leur appétit. Ici, il y a un peu de tout. Des ‘’kédjénou’’ de poulets et de pintades, des soupes de poissons et de lapins, des poulets et poissons braisés, de grillades etc… Des restauratrices sont installées et se chargent de concocter des plats succulents pour les clients qui y viennent nombreux. Par conséquent, il est strictement interdit de faire venir de la nourriture et de la boisson du dehors. L’entrée étant gratuite, il faut donc tout acheter  sur place. Ce n’est pas non plus un problème puisque les prix des boissons sont parfois les mêmes que dans les maquis ordinaires ou avec une différence légère de 100 F ou 200 F. Dans ces conditions, les lieux ne désemplissent pas. Et pour avoir de la place, il faut être parmi les premiers, surtout les  week-ends de fin de mois.  Ou à défaut, il est conseillé de faire une réservation- pour les habitués.

Les restauratrices, quant à elles  et les gérants, ne cachent pas leur satisfaction tant le commerce en ces lieux est juteux. «  Il y a un peu de tout ici et on s’en sort », témoigne une dame tenancière d’un maquis.

Alcool, sexe et… infidélité au rendez-vous  

Comme il fallait s’y attendre, là où il y a l’alcool, le sexe n’est jamais loin. Ainsi, les propriétaires des lieux ont tout prévu. Ils ont construit des bungalows pour permettre aux amoureux de se tenir à l’abri des regards indiscrets afin de s’envoler vers le 7ème ciel. Et tenez-vous bien, le coût est à la portée de toutes les bourses. Avec seulement 2000 F ou 2500 F, vous avez le bungalow pour une journée entière qui s’achève à 18 heures. A l’intérieur, les clients disposent d’un hamac, de deux chaises, une table  et une natte pour leurs ‘’commodités’’.  Ceux-ci peuvent s’ils le veulent, se faire servir tout (nourriture et boissons) à l’intérieur de ‘’leur bunker’’  et ainsi jouir des réels moments d’intimité.

C’est à ce niveau que la consigne d’espace interdit aux visiteurs et aux preneurs de vue  prend tout son sens.  « Ici, on ne sait pas qui est qui », lâche un gérant. En tout cas, ces endroits sont des lieux privilégiés de rendez-vous. Des jeunes couples désireux de s’évader choisissent ces lieux. Mais, il faut aussi compter avec des hommes et des femmes mariés qui y trouvent un refuge insoupçonné. Les hôtels étant devenus un peu risqués, les infidèles changent alors de stratégie. «  Si votre conjoint(e) vient vous surprendre ici, c’est que vous n’avez vraiment pas de chance ou quelqu’un de mauvaise foi l’y a indiqué. Sinon vous êtes à l’abri des désagréments.», confie un homme, la quarantaine révolu avec qui nous sympathisons, et qui dit attendre sa petite amie.

Aux environs de 16 heures, nous décidons de quitter les lieux alors que l’ambiance plate offerte par les nombreux couples et quelques rares personnes venues en pique-nique  y régnait.

Le moins que l’on puisse dire, c’est que les ivoiriens ne manquent pas de solutions quand il s’agit d’agrémenter leur vie. Au grand bonheur des propriétaires de ces plages privées. Chacun y trouvant forcément son compte.

Jean   Levry

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